[6] Je parle enfin de mon agression sexuelle. Et, c'est nécessaire
Je ne pensais pas en parler ici. Pas tout de suite. Peut-être même jamais. Mais ce blog, je l’ai voulu comme un espace vrai. Pas une vitrine. Pas un podium. Un refuge. Un lieu de réconciliation entre toutes les parties de moi.
Alors aujourd’hui, j’écris. Pour la première fois, j’écris ces mots : j’ai été victime d’une agression sexuelle dans mon enfance.
C’est étrange d’utiliser ce mot "victime". Pendant longtemps, j’ai tu, étouffé, rationalisé. On n’en a pas parlé chez moi. Le silence a été la norme (ma mère m'a demandé de ne jamais en parler à mon père car elle avait peur que mon père en apprenant cela décide d'ôter la vie au responsable de cette agression sexuelle). Un secret de plus dans une maison où la douleur se porte en silence, où les plaies sont maquillées par le quotidien.
Et pourtant. Des années plus tard, un dimanche matin, dans une grande église de la région parisienne (dans le 94), le pasteur parle de viol. Pas en surface. Pas dans la gêne. Avec justesse. Avec vérité.
Et là, tout se rouvre. Choc. Silence. Larmes intérieures. Je suis en pleine période de jeûne. Je demande à Dieu : "Montre-moi l’état de mon cœur". Et Dieu répond. Pas comme je l’attendais. Pas sur le business. Pas sur ma stratégie. Mais sur cette douleur que je croyais enterrée.
Ce que j’ai cru être une page tournée n’était en fait qu’un chapitre jamais lu. Un trauma enfoui. Un événement passé sous silence dans ma famille, dans ma vie, dans ma construction. Il n’y a pas eu de justice, pas de parole. Juste un vide. Un poids que j’ai porté seule.
Ce jour-là, j’ai compris que je ne m’étais jamais vraiment construite. J’avais avancé. Oui. Mais sur des fondations fissurées.
Pas de reconnaissance. Pas de justice. Pas de parole. Et donc, pas de guérison.
Cette parole volée a enfanté bien d’autres douleurs : dépendance affective, des relations non alignées, une rage contenue, la peur de la solitude, difficulté à faire confiance, colère silencieuse…
Je croyais que c’était réglé. Je croyais que j’avais tourné la page. Mais on ne tourne pas la page d’un chapitre qu’on n’a jamais lu.
Mais ce jour-là, Dieu a mis le doigt dessus. Et j’ai compris : il est temps.
⏳ Il est temps de parler. Il est temps d’arrêter de minimiser. Il est temps de regarder la petite fille que j’étais, et de lui dire : « Je ne t’ai pas oubliée. »
Je ne raconte pas cela pour provoquer la pitié. Je le fais pour briser le silence. Parce que je sais que je ne suis pas seule.
Et parce que tant que ça reste caché, ça dirige. Tant que c’est tu, ça tue.
Aujourd’hui, je ne cherche pas des réponses ni à “passer à autre chose”. Je cherche à comprendre, accueillir, guérir. Pas pour porter une étiquette. Pas pour revivre le traumatisme. Mais pour me redonner à moi-même.
Je cherche la guérison. Je veux marcher vers la restauration. Pas pour faire comme si rien ne s’était passé, mais pour que ce qui s’est passé n’ait plus le dernier mot.
Je veux être libre. Libre d'aimer sans peur. Libre d'être seule sans paniquer. Libre de ne pas me suradapter pour mériter une place. Libre de ne plus vivre avec ce noeud au ventre.
Ce travail, je le commence. Avec Dieu. Avec moi-même. Avec des outils. Avec de l’aide. Parce que je ne suis plus la petite fille qu’on a laissée sans voix. Je suis une femme qui choisit de parler. Et ce billet est un premier pas.
🙏 À toi qui lis ça… Si tu as vécu quelque chose de semblable, sache que tu n’es pas seul.e. Tu n’es pas ce qui t’est arrivé. Tu es digne. Entière. Restaurable.
Si tu portes aussi un secret lourd, sache que ton silence n’est pas un oubli. Et qu’il n’est jamais trop tard pour redevenir entière.
Et Dieu entend les prières qu’on ne sait pas formuler. Il voit les larmes qu’on cache même à soi-même.
Moi, j’ai commencé ce chemin. Et ce blog, c’est aussi pour ça : Pour déposer. Pour libérer. Pour reconstruire.
🪬 Je continue d’avancer. Un pas après l’autre. Vers la paix. Vers la vérité. Vers la liberté intérieure.
Et c’est nécessaire. — Naomi