[23] "Ma mère."
Pendant longtemps, j’ai parlé d’elle sous l’angle du conflit. Parce que c’est ce que j’avais besoin d’exprimer à ce moment-là. Parce que nos liens étaient noués, tendus, abîmés.
Mais aujourd’hui, je veux rééquilibrer le récit.
Ma mère, c'était une femme debout. Une femme forte dans le silence, solide dans la survie, présente à sa manière. Elle n’était pas démonstrative avec moi. Elle n’était pas douce comme dans les livres. Mais elle était là. Et elle a tenu. Comme elle a pu. Avec ce qu’elle avait.
Moi, j’étais l’opposée : La rebelle. La volcanique. Celle qui refuse de faire comme si. Celle qui refuse de vivre selon le qu’en dira-t-on.
Et ça a créé des étincelles. Des clashs. Des malentendus. Une douleur dont je n’ai pas toujours su quoi faire.
Mais Dieu m’a fait la grâce d’un cadeau immense. Il m’a offert la réconciliation sincère. Pas la paix de façade. Pas le “on va faire comme si”. Mais la vraie : celle qui vient du cœur. Celle qui guérit ce qui semblait irréparable.
Et quand elle a fait son AVC, quand elle est devenue dépendante, vulnérable, fragile, Dieu m’a aussi donné la force de prendre soin d’elle.
J’ai été là. J’ai tenu. J’ai fait ce que je devais faire. Sans amertume. Sans dette. Avec amour.
Cette femme-là, ce n’était pas toujours facile avec elle, mais si je suis celle que je suis aujourd’hui, c’est qu’il y a un peu d’elle en moi.
Et si je l’ai eue comme mère, ce n’était pas un hasard.
Je devais passer par elle. Par ce lien. Par cette histoire. Pour devenir le papillon que je suis aujourd’hui.
Elle n’est plus là. Mais aujourd’hui je la célèbre. Pas pour gommer le passé. Mais pour dire une vérité essentielle :
“Maman, tu as fait de ton mieux. Et ton mieux m’a portée.”
« Aujourd’hui, pour garder ce lien vivant et symbolique, j’ai choisi de graver son surnom, Jiji, sur mon poignet gauche. Ce tatouage, c’est mon hommage silencieux et vibrant à cette femme qui a fait de moi celle que je suis. »